CHUM 27F18 - Introduction à la philosophie africaine

Ce séminaire d'introduction à la philosophie africaine reviendra sur la question de la philosophie africaine et le grand débat qu'elle a suscité dans les années 1960-1970. Pour ce faire, il nous importera de comprendre dans quel contexte ce débat a émergé et nous reviendrons sur les différents sens que l'expression de « philosophie africaine » a pu recouvrir. Cela nous amènera à questionner, à rebours, le rapport que la discipline philosophique occidentale a pu ou peut entretenir à l'Afrique.
Séverine KODJO-GRANDVAUX
Séminaire
français
OBJECTIFS PEDAGOGIQUES

L'ambition de ce séminaire est de comprendre comment et pourquoi la question de la philosophie africaine a été amenée à se poser. Il s'agira donc de situer les textes philosophiques africains dans leur contexte de production et de comprendre leurs conditions de possibilité ainsi que leurs raisons internes. Cela nous conduira, dans un second mouvement, à voir en quoi ces textes ne sont pas uniquement des outils de compréhension des seuls mondes africains mais également des outils de compréhension du monde occidental. Toutes les séances seront construites à partir d'une liste précise de textes que les étudiants devront lire en amont. Une partie du cours sera consacrée à l'étude d'un ou plusieurs de ces textes. Il est attendu une participation active des étudiants à chaque séance. Tou·tes les étudiant·es devront obligatoirement lire Sur la ‘philosophie' africaine de Paulin Hountondji.
Automne et Printemps 2025-2026
MODALITÉS D'ÉVALUATION

1. Note de lecture Une note de lecture devra être réalisée pour la 8e séance. Elle devra se faire à partir d'un ouvrage inscrit sur la liste fournie au début du séminaire. Elle représentera 45 % de la note finale. L'usage de l'IA peut être toléré pour la mise en forme de la bibliographie mais reste interdit pour la conceptualisation et la rédaction de la note de lecture.

2. Exposé Un exposé de 10 min (+ 5 min de questions) par groupe de 3 étudiant·es devra être réalisé sur un thème choisi en accord avec l'enseignant. Il représentera 45 % de la note finale. Cet exercice vise à valoriser la capacité de lecture et d'analyse de textes philosophiques ainsi que la compétence à construire une problématique philosophique précise. La durée relativement courte de l'exposé vise, quant à elle, à évaluer la disposition à parler de manière extrêmement précise et succincte sur un thème complexe. L'usage de l'IA peut être toléré pour la mise en forme de l'exposé mais reste interdit pour la conceptualisation et la rédaction dudit exposé.

3. Note de participation La participation en cours (assiduité, présence, ponctualité, contribution positive aux conversations) représentera 10 % de la note finale. Cette note sera établie en fonction de la participation aux QCM, de la présence effective aux cours, et de la contribution écrite et/ou orale à partir des lectures demandées.
SEANCES

Séance 1 : « La » philosophie et l'Afrique
Afin de comprendre dans quel contexte philosophique a émergé la question de la philosophie africaine, nous retracerons l'évolution – occidentale – de la discipline et sa confrontation à « l'Autre ».
Lecture demandée : Nadia Yala Kisukidi, « Le “Miracle” grec », in Tumultes, n°52, 2019, p.103-126.

Séance 2 : Paris noirs
Cette séance reviendra sur les pensées de l'entre-deux-guerres afin de comprendre dans quel contexte émergera la question de la philosophie africaine. Nous nous attarderons alors sur ce qu'on a appelé le « Paris noir » qui a permis qu'un mouvement intellectuel international se précise entre des penseur·ses issu·es d'Afrique, des Caraïbes et des États-Unis autour des questions de race, d'affirmation de soi et d'émancipation et/ou de libération.
Lectures demandées : Paulette Nardal, « Éveil à la conscience de race » in La Revue du monde noir, n°6, juin 1932.
Jane Nardal, « L'Internationalisme noir » in La Dépêche africaine, n°1, février 1928.

Séance 3 : La Négritude
Poursuivant l'analyse de la séance 2, nous reviendrons sur le mouvement de la Négritude.
Lectures demandées :
Lamine Senghor, « Le mot “nègre” », in La Voix des Nègres, n°1, janvier 1927
Aimé Césaire, « Nègreries : conscience raciale et révolution sociale » in L'Étudiant noir, n°3, mai-juin 1935
Jean-Paul Sartre, Orphée noir, in Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, de Léopold Sédar Senghor, PUF, 1948
Léopold Sédar Senghor, Liberté 1 : Négritude et humanisme, Le Seuil, 1964, p.7-9 + « Ce que l'homme noir apporte », p.22-38

Séance 4 : Race, philosophie et Afrique
Il importera de revenir dans un premier temps sur la fabrique de la race, c'est-à-dire sur le processus qui a amené une Europe conquérante d'inventer la race (puis l'ethnie) pour asseoir sa domination. Puis de voir comment ces notions ont ensuite opéré au sein du discours philosophique participant à l'invention d'une Afrique noire.
Lectures demandées :
Frantz Fanon, Peau noire, masques blanc, Paris, Seuil, 1952, chapitre 5 + conclusion
Charles Mills, Le Contrat racial, traduction d'Aly Ndiaye, Mémoire d'encrier, 2023

Séance 5 : Race et culture
Nous nous attarderons sur la pensée de Cheikh Anta Diop.
Lecture demandée :
Mamadou Diouf, L'Afrique dans le temps du monde, chap. « L'Antiquité africaine » (sur CAD), Rot Bo Krik, p.39-46

Séance 6 : La Philosophie bantoue
Souvent présenté comme le premier ouvrage à parler de philosophie africaine, La Philosophie bantoue de Placide Tempels aura joué, malgré ses limites, un rôle singulier qu'il convient d'analyser. Nous en étudierons les différentes réceptions parmi les penseurs africains et la production de textes ethnophilosophiques qui en a découlé.
Lectures demandées :
Placide Tempels, La Philosophie bantoue, Paris, Présence africaine (extraits)
Fabien Eboussi-Boulaga, « Le Bantou problématique », Présence africaine, 1968, n° 66, p. 4-40.

Séance 7 : Paulin Hountondji et la question de la philosophie africaine
Figure centrale du débat sur la philosophie africaine, Paulin Hountondji a donné au concept d'ethnophilosophie une assise solide que nous analyserons, en étudiant son ouvrage majeur, Sur la ‘philosophie' africaine.
Lecture demandée : (lecture obligatoire)
Paulin Hountondji, Sur la « philosophie africaine », Maspero, 1977.

Séance 8 : Oralité et philosophie

L'une des questions soulevées lors du débat sur la philosophie africaine a porté sur la place de l'oralité et le rôle de l'écriture dans la production d'une réflexion philosophique. Nous reviendrons plus précisément sur ces arguments et sur les problématiques soulevées par la question d'une rationalité discursive ; arguments et problématiques qui ont été également menés dans d'autres disciplinaires, telle que la littérature et l'histoire. Il nous intéressera alors de nous situer dans une approche transdisciplinaire.
Lecture demandée :
Mamoussé Diagne, Critique de la raison orale, Paris, Karthala, 2005, p.5-22

Séances 9 et 10 : Fabien Eboussi-Boulaga et La Crise du Muntu
Séances consacrées à la lecture et analyse de l'un des ouvrages majeurs du débat sur la philosophie africaine, La Crise du Muntu de Fabien Eboussi Boulaga.
Lecture demandée :
Fabien Eboussi-Boulaga, La Crise du Muntu, Paris, Présence africaine, 1977.

Séances 11 et 12 : Retour sur l'oeuvre philosophique de V.Y. Mudimbe
Séances consacrées à la lecture et analyse de deux ouvrages fondamentaux de V.Y. Mudimbe, L'Invention de l'Afrique et L'Odeur du père.
voir programme par séance
Souleymane Bachir Diagne, L'Encre des savants, Paris, Présence africaine, 2013.
LECTURES COMPLEMENTAIRES CONSEILLEES :